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Kala, c’est dans l’air du temps

Le 19 avril prochain, Kala, dont nous avons présenté un premier clip dans L’Artpigiste, vernira son album “Dans l’air du temps” à la Spirale à Fribourg. Après des débuts confidentiels il y a quelques années, c’est cette fois accompagné d’un vrai groupe de musiciens qu’il se produira. Nous l’avons interviewé une dizaine de jours avant son vernissage.

L’Artpigiste: “-Raconte-nous ton parcours!”
Kala: “-Je m’appelle Mathieu Ségur et je suis né à Paris il y a bientôt 26 ans. Ma mère est allemande, mon père de la Martinique. J’ai vécu jusqu’à l’âge de 3 ans à Paris, puis à Bienne. J’ai suivi ma scolarité à Bienne, beaucoup déménagé ensuite entre la Suisse et l’Allemagne. Mais c’est à Bienne que je me sens chez moi. Vers 15 – 16 ans, je suis allé habiter en Allemagne, tout d’abord dans la banlieue de Munich puis à Lindau. Je suis revenu en Suisse vers 17 – 18 ans, à Bienne, puis à Vevey et finalement dans le canton de Fribourg où j’habite aujourd’hui.”

L’Artpigiste: “-Comment es-tu venu à la musique?”
Kala: “Mon père est un passionné de musique, principalement de Jazz, ma mère est danseuse. J’ai été touché par la musique depuis tout petit. J’ai commencé par jouer du Djembé à 5 ans, commencé la batterie vers 11 ans. C’est à ce moment aussi que je me suis mis à écrire mes premiers poèmes. J’ai pas mal joué dans des groupes, comme batteur. Le dernier c’était The Stonetree, un trio avec chanteuse qui fait du rock-pop. Je me vois comme musicien avant tout, plutôt que comme batteur. A mon retour en Suisse, j’ai suivi une formation de technicien du son assistant.”

L’Artpigiste: “-Selon ta bio, tu as rencontré le rap en Allemagne, tu précises?”
Kala: “Quand j’étais en Allemagne, j’ai fait partie d’un crew de 4 ou 5 rappeurs, mais je rappais en français. Ça n’a jamais posé de problème pour trouver des concerts là-bas, les allemands aiment beaucoup la langue française. C’est aussi là que j’ai commencé à composer et à plus me concentrer sur les instrumentaux.”

L’Artpigiste: “-Pourquoi Kala?”
Kala: “En Allemagne, j’avais un autre nom de scène : ProCD. En rentrant, j’ai cherché quelque chose de plus personnel. C’est ma mère qui m’a appris que Kala en maori voulait dire « sans frontières ». Ça m’a parlé.”

L’Artpigiste: “-Sans frontières, c’est aussi le nom de ton premier projet sorti en 2008?”
Kala: “C’est vrai ! C’était un premier projet purement hip-hop, une net tape, que j’ai réalisé entièrement seul. En fait, il y avait déjà cette envie de créer un groupe un peu à la The Roots. C’est un groupe qui m’a beaucoup influencé, que j’aime beaucoup. Mais il y a toujours ce préjugé quand on dit hip-hop, que la musique se limite à une boucle et qu’on ne peut pas faire plus dans cette musique. Et du coup, beaucoup de musiciens pensent que c’est ennuyeux, alors qu’il y a beaucoup de choses à faire. Le hip-hop c’est quand même une musique qui intègre un peu tout ce qui existe. Et bon, du coup, je n’ai jamais réussi à créer un groupe moi-même, en tant que batteur, et j’ai composé mon album basic, à la MPC et l’ordinateur. J’ai sorti cet album et… bon, c’était vraiment confidentiel, surtout partagé avec mon entourage à Bienne.”

L’Artpigiste: “-Sans frontières », c’est important pour toi?”
Kala: “Moi je suis un humaniste avant tout. Il me semble que les frontières divisent plus qu’elles ne rassemblent et qu’on n’en a pas vraiment besoin. Ça n’empêche pas d’être fier d’où on vient. Moi je suis fier de mes origines, de La Martinique, de l’Allemagne, mais ce n’est pas pour dénigrer un peuple ou un autre. Je pense qu’on est sur terre pour vivre ensemble, même si c’est la chose la plus compliquée qu’on a à faire. C’est comme en tout, j’ai du mal à comprendre tout ce qui est violence.”

L’Artpigiste: “-Est-ce qu’il y a un peu de Bienne là-dedans?”
Kala: “Peut-être. Quand je parle de Bienne, j’ai toujours mis en avant que c’était une des villes qui avait le plus de nationalités, plus de 130. J’ai toujours côtoyé des personnes de différentes nationalités et de culture. Ça a forcément influencé ma façon de penser.”

L’Artpigiste: “-Ta musique est un mélange de différents styles. Est-ce que tu penses que c’est dans l’air du temps?”
Kala: “Je pense, oui. Je pense que souvent, les choses qui se créent viennent de ce qui existe, qu’on reprend pour en faire des choses actuelles. Ce n’est pas forcément ma démarche à moi. Mais je puise dans les styles. Par exemple, si j’ai envie d’un riff de guitare qui sonne comme du métal, je ne vais pas me gêner si je trouve que ça sonne bien. Personnellement, je n’ai pas envie de me limiter dans le hip-hop, ce que j’avais fait pour le premier album. On m’a souvent dit que commercialement, ce n’était pas une bonne chose parce que les gens ne sauront pas où se mettre. Mais je n’ai pas envie de me limiter. Je l’avais fait pour le premier album, pas du tout pour le second.”

L’Artpigiste: “-Le fait que tu sois batteur fait-il une différence?”
Kala: “Oui, j’ai naturellement à aborder rythmiquement un morceau, une facilité à poser mon texte mêmes sur des rythmiques complexes. Et par le fait d’être batteur, je me sens plus un musicien qu’un chanteur.”

L’Artpigiste: “-Dans quelle direction va évoluer ta musique?”
Kala: “Pour la suite, je n’hésiterais pas à aller encore plus loin, peut-être évoluer vers plus de chant, à vraiment apprendre à chanter, je laisse les portes ouvertes. Je fais du rap, parce que j’aime rechercher les textes. Je suis incapable de sortir un texte qui n’a pas de sens, mais j’aime autant la forme, c’est important. Il ne faut pas oublier que c’est un divertissement, que les gens ont parfois simplement envie d’écouter de la musique pour s’évader. Je pense qu’il y a des moments où on a envie d’écouter sans réfléchir, c’est important d’y penser.
Pour les six morceaux sur l’album que j’ai composé seul, j’ai tout fait seul. A présent, je suis plus influencé par les autres musiciens. J’amène des idées et elles évoluent au gré des idées de chacun.”

L’Artpigiste: “-Quand tu amènes une idée, c’est comment?”
Kala: “Elle est plus ou moins évoluée selon l’inspiration. A la base, c’est basse, batterie, clavier. Certains titres ont déjà un couplet, un refrain, d’autres se limitent à un refrain. J’écris le texte plus tard. Mon texte est totalement inspiré de la musique que j’entends. L’écrire après me permet de donner une cohérence plus grande au morceau.”

L’Artpigiste: “-Sur tes photos, tu portes un casque de pilote. Quel est le sens de cet accessoire?”
Kala: “C’est un clin d’œil au titre « dans l’air du temps ». D’abord, j’étais parti sur un titre d’album « Kala L’aviateur » mais ça s’est transformé en « Kala, dans l’air du temps ». Voilà, j’adore le livre de St. Exupéry « Le Petit Prince » et c’était un clin d’œil. J’adore l’imaginaire, de rêve, d’évasion. J’ai beaucoup d’allusions à ça dans mes textes.”

L’Artpigiste: “-Ton vernissage aura lieu à la Spirale à Fribourg, le 19 avril. A quoi s’attendre?”
Kala: “Au-delà de l’album, c’est la présentation d’un groupe, de nouveaux morceaux créés avec des musiciens, de proposer autre chose qu’un concert de hip-hop, plus de spontanéité. C’est un set d’une heure et quart avec des surprises, la venue d’un slameur et d’autres intervenants.”

L’Artpigiste: “-Tu as d’autres dates en perspectives ?
Kala: “Ça se met en place. Après le vernissage, nous serons le 25 avril à L’Etage Club à Bienne, le 22 mai au festival Animai à Vevey pour un show d’une vingtaine de minutes piano voix. Puis le 13 juin au Bout du Monde à Vevey, le 20 juin au café du Soleil à Saignelégier et le 19 juillet à Favargny 2014.”

L’Artpigiste: “-Tu viens de sortir un clip, nous l’avons d’ailleurs présenté sur L’Artpigiste. Quels sont les échos?”
Kala: “Des bons retours, vraiment que du positif. C’est un titre qui rentre dans la tête assez rapidement. C’était le côté positif que je voulais mettre en avant, un peu pour me séparer de cette image vraiment hip-hop. Ça reste du hip-hop, mais je trouvais que ce morceau reflétait la direction que je veux prendre.”

L’Artpigiste: “-Tu as d’autres projets musicaux?”
Kala: “Non, en ce moment, je me concentre sur la défense de ce projet et je pense à la continuité des choses. J’aimerais bien que ça enchaîne avec d’autres morceaux, pour avoir de l’actualité. Je suis vraiment en autoproduction. Ça a l’avantage de tout pouvoir décider, mais ça prend du temps et c’est un peu compliqué.”

L’Artpigiste: “-Tu as beaucoup parlé de te démarquer du hip-hop. Est-ce que tu as peur d’être catalogué dans un style?”
Kala: “C’est en pensant à ça que j’ai sorti le premier clip. C’est vraiment le morceau où on pourrait même parler de rap, mais avec des instruments, une musicalité. C’était vraiment pour ouvrir les yeux, pour dire que derrière le rap, il peut y avoir de la vraie musique. Ça a toujours été comme ça. Pour certains, le hip-hop est une sous-culture, pour moi c’est une force, celle de réunir tous les styles musicaux pour en faire quelque chose. Mais c’est clair que j’ai cette appréhension que les gens se limitent au hip-hop. C’est pour ça, j’essaie de ne pas trop mettre en avant, même si j’ai ça en moi. Au fond de moi, je suis influencé par la musique américaine, que ce soit le hip-hop, la soul, la funk ou autre chose. Quand je me présente, je dis que je suis rappeur, slameur-rappeur. Je joue un peu avec ça. J’ai l’impression que dès qu’on parle de slam, on est pris au sérieux, parce qu’on n’est pas une espèce de décélébré qui essaie d’écrire des textes et de faire de la musique. Et ça, je trouve dommage, parce que je pense qu’il y a énormément de gens très intelligents qui essaient de faire bouger ce mouvement hip-hop dans un bon sens et qui m’influencent moi-même. A un programmateur, je vais plutôt dire que je suis un slameur qui fait de la musique avec des musiciens, avant de mettre en avant que ça reste du rap. Ouais, c’est vraiment quelque chose que je prends avec des pincettes, par peur des préjugés en fait.”

L’Artpigiste: “-Nous avons beaucoup parlé. Si tu devais te présenter en une phrase, qu’est-ce que tu voudrais qu’on retienne?”
Kala: “En fait, ce que j’ai envie que les gens retiennent, c’est que je suis avant tout un artiste, un musicien, qui a juste envie de partager sa joie de vie et son bonheur. Bien sûr, il y a aussi des parties un peu plus tristes, mais c’est vraiment ça que j’ai envie, passer un bon moment. J’aimerais vraiment faire abstraction de tout ce qui est style musical, mettre en avant la musique avant tout et partager un moment.”

19 avril 2014, vernissage à La Spirale
Le site de Kala

écrit par Stéphane

Stéphane

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