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Interview de Stéphane Buthey, co-fondateur de l’Artpigiste

Artiste et entrepreneur, Stéphane Buthey, co-fondateur de l’Artpigiste en est certain : L’Artpigiste répond à une urgence !

L’Artpigiste : Tu as lancé l’Artpigiste, pourquoi ?
Stéphane Buthey : Il y a quelques années, avec un petit groupe de personnes, nous avons fondé l’association Urban Poetry. Notre objectif était de soutenir des artistes dans tous les domaines nécessaires à l’éclosion de leur carrière. Il s’agissait de compétences que je devais de toute façon mettre en place pour ma propre carrière d’artiste, et que j’ai décidé de mettre à profit d’autres artistes. Dans nos activités, nous avons pu faire un double constat : L’importance des médias, mais aussi la rareté des relais médiatiques qui sortent encore des sentiers battus pour oser des découvertes. Nous avions le choix: baisser les bras ou relever nous-même le défi. C’est ce que nous avons choisi de faire en lançant l’Artpigiste.

L’Artpigiste : Tu dis que rares sont les médias qui sortent des sentiers battus. Que devraient-ils faire à ton avis ?
SB : Je parle ici du domaine culturel et plus particulièrement de la musique, même si je pense que le constat peut probablement être étendu aux autres domaines journalistiques. Mais revenons à la musique. Nous avons dans notre pays une immense richesse musicale. D’un côté, nous avons plus de 20’000 groupes inscrits sur mx3.ch, le portail suisse de la musique géré par 5 radios dont Couleur 3. De l’autre côté, les artistes suisses qui ont droit à une existence médiatique se comptent sur les doigts d’une main. Parce que comme les salles et les festivals, les médias font trop souvent le choix de la facilité. Il est plus facile d’écrire un énième article sur Bastien Baker – artiste qui d’ailleurs mérite largement son succès – plutôt que d’aller à la découverte de talents. Ce choix se comprend aisément pour les salles et festivals, puisqu’il est lié à des impératifs économiques. Pour les médias, de lien économique est moins évident. Je ne pense pas que Le Matin se vendrait moins bien s’il parlait un peu plus de culture et moins de Nabila.

L’Artpigiste : Quelle est la raison de ce désintérêt des médias?
SB : Je ne crois pas qu’il y ait un désintérêt de principe. Le monde des médias est en pleine mutation, la pression y est immense. Les journalistes que je rencontre travaillent toujours dans l’urgence. Leur activité est gérée par l’immédiateté, leur marge de liberté a également été fortement réduite. Ils doivent produire : Des émissions, des articles, tant de lignes jusqu’à 16h. Dans ces conditions, il ne leur reste ni temps ni énergie pour la découverte. Dans le domaine de la musique, aller à la découverte implique d’écouter des albums, de visionner des clips, d’assister à des concerts, et de faire le tri pour mettre en lumière les perles. Tout cela demande du temps dont les journalistes disposent de moins en moins.

L’Artpigiste : Qu’est-ce qui va changer avec l’arrivée de l’Artpigiste?
SB : Il serait prétentieux de se poser en sauveurs. La tâche est immense. D’autres s’y attellent aussi avec vigueur et nous serons comme eux également confronté à l’impossibilité de parler de tous ceux qui le méritent. Mais en mettant notre priorité sur la découverte, nous voulons ajouter notre contribution pour une plus grande diversité artistique.

L’Artpigiste : Tu es toi même un artiste. Un avantage ou un obstacle à tes activités pour l’Artpigiste ?
Stéphane Buthey : Un avantage, naturellement, parce que je fais moi-même l’expérience des difficultés que rencontrent les artistes. Ce sont mes propres expériences qui ont présidé à la création de l’association Urban Poetry puis par elle de l’Artpigiste.

L’Artpigiste : Que peux-tu dire sur les enjeux?
SB : Il s’agit essentiellement de rencontre. Permettre la rencontre d’artistes et de leur public. Parler des artistes pour susciter la curiosité du public, permettre à chaque public de découvrir « ses » artistes. Permettre également aux programmateurs, aux organisateurs, aux médias d’élargir leur angle de vision. Au-delà ces enjeux terre-à-terre, il y a toute la question du rôle de la culture dans la société. Des multiples raisons concourent aujourd’hui à réduire la diversité culturelle et à la noyer sous un tsunami de produits formatés. Comme pour nos tomates qui ont chaque année moins de saveur, nos sociétés s’appauvrissent parce qu’elles ne veillent pas suffisamment à garantir la diversité sur les étalages culturels.

L’Artpigiste : Parle-nous alors de l’Artpigiste et de ce que nous y trouverons!
SB : L’Artpigiste sera un webzine, c’est-à-dire un magazine sur internet. Nous prévoyons également deux éditions papier par année. Le magazine sera essentiellement axé sur les musiques contemporaines, même s’il traitera à l’occasion d’autres formes artistiques en lien avec la musique. Dans la musique, l’Artpigiste se veut avant tout généraliste et traitera plus de chanson, de folk, rock ou pop que de genres musicaux trop pointus. Ce choix ne résulte pas d’une volonté d’exclusion mais du constat que plus le genre musical est pointu, plus la circulation de l’information fonctionne efficacement. Même sans Artpigiste.

L’Artpigiste : A qui s’adresse l’Artpigiste ?
SB : A un public avide de découverte ou qui a envie de redécouvrir le goût de la découverte. A un public qui se forge ses propres goûts, qui oser varier ses menus. A un public actif, qui écoute, sors, vit. Il s’adresse également aux artistes eux-mêmes, avec des rubriques qui expliquent les petits et grands enjeux de la scène de la musique. Et il s’adresse finalement aux professionnels de la branche. Médias, salles, programmateurs. Nous souhaitons que l’Artpigiste les aide dans leur difficile travail de tri et de sélection, mais aussi qui leur donne à eux aussi plus de visibilité.

L’Artpigiste : L’Artpigiste ne parlera donc que d’artistes suisses inconnus ?
SB : L’accent sera effectivement mis sur la scène romande, mais cela ne nous empêchera pas des fenêtres régulières ailleurs en Suisse ou sur l’étranger.
La question de l’intérêt artistique ou médiatique ne se limite pas à celle de la renommée. Connu ou pas ne sera donc pas notre critère de sélection des personnes dont nous parlerons. Nous mettrons en lumière des inconnus qui le méritent, mais cela ne nous empêchera pas de parler aussi d’artistes reconnus. D’ailleurs, nous ne parlerons pas uniquement de musique et d’artistes, mais souhaitons également mettre en lumière tous les acteurs qui travaillent en arrière-plan et contribuent à notre richesse culturelle.

L’Artpigiste : Le nerf de la guerre, c’est l’argent ! Comment se financera l’Artpigiste ?
SB : Le financement de la phase de lancement est assuré. Au-delà, nous sommes certains que l’Artpigiste répond à un besoin urgent et sommes confiants de pouvoir assurer son financement à long terme par un système de souscription porté par ses destinataires, c’est-à-dire les artistes, les acteurs professionnels et le public. Bien entendu, nous chercherons également des partenariats publicitaires, ou des subventions, mais nous tenons au signal positif que sera le fait que les bénéficiaires participent à l’existence de l’Artpigiste.

L’Artpigiste : Projetons-nous dans l’avenir ! A quoi ressemblera l’Artpigiste dans cinq ans?
SB : Le concept sera le même. Un webzine accompagnée d’éditions papier peut-être plus fréquentes. Il sera le partenaire de salles et de festivals, il sera le site de référence pour tous les amoureux de musique contemporaine et il aura contribué à lancer des dizaines d’artistes en redonnant le goût, aux organisateurs et aux médias, d’ouvrir leurs scènes ou leurs colonnes à des artistes d’ici. En redonnant au public le goût de la découverte.

écrit par Joram

Joram

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Un commentaire

  1. kareen regout

    j’encourage ce projet………les artistes en on besoin

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