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No Billag : Après le citoyen, vive le consommateur !

stephane

Ne payer que pour ce que l’on consomme. Le postulat de base de l’initiative No Billag possède une logique implacable. Comment en effet justifier de devoir payer pour des chaînes de télévision qu’on ne regarde pas, pour des radios qu’on n’écoute pas ? Et qu’en serait-il si cette logique était appliquée de manière généralisée et pour tous les services ? Tu n’as pas de voiture ? Tu n’as pas à payer pour l’entretien des routes ! Tu ne prends jamais le bus ni le train ? Tu n’as que faire d’un réseau de transports publics ! Tu ne nages pas, ne pratique pas de sport ? Les infrastructures sportives ne sont pas ton problème !
Enoncé de cette manière jusqu’au-boutiste, la logique du consommateur-payeur parait probablement excessive, même à ceux d’entre vous tentés de soutenir l’initiative No Billag. Pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit. L’initiative No Billag s’inscrit dans une remise en question profonde et fondamentale de la notion de service public, un rejet de toute idée d’intérêt collectif et, en fin de compte, un rejet de l’idée même d’une communauté.
En effet, toute communauté humaine se construit autour d’un patrimoine collectif : Des valeurs, des infrastructures, des services, tous biens qui sont le ciment de la société dont les individus deviennent les citoyens. Sur le plan philosophique, et même si tous ses partisans n’en ont pas conscience, l’initiative No Billag, comme beaucoup d’autres vagues néolibérales, en remplaçant le citoyen par le consommateur, remet en question la collectivité et son ciment. On m’opposera que cette analyse est excessive, qu’il ne s’agit pas de refuser de participer aux infrastructures mais seulement de supprimer la redevance radio/tv. C’est vrai. Est-ce à dire alors que les partisans de No Billag considèrent que les médias n’ont pas la moindre importance ? Si c’est le cas, cette position dénote d’une méconnaissance crasse de la démocratie.
Le soutien financier à la SSR et aux radios et télévisions privées, par la perception de la redevance radio-TV est la prise en compte d’une évidence : celle que des médias en santé sont une composante essentielle d’une démocratie. Ils créent du lien social, notamment entre les régions, participent à la création culturelle et artistique, et exercent leur rôle de contre-pouvoir. Sans médias, pas de démocratie. Bien sûr, il existe d’autres médias : La Presse en premier lieu. Mais comment occulter sa situation, sa santé, la perte inexorable de sa diversité ? Comment ignorer que les rédactions se regroupent, se concentrent et réduisent leur taille pour ne finalement parvenir à produire que des articles bâclés et vides de pertinence, dont l’essentiel est composé de tweets repris. Articles qui seront ensuite publiés sous plusieurs titres, par gain d’efficacité. Avec cette Presse qui se meurt, c’est un peu de notre démocratie qui disparait. Au fond, au lieu de discuter de supprimer la redevance, si notre société se voulait à la hauteur de ses ambitions, elle préférerait envisager de l’étendre afin de soutenir la Presse écrite et le journalisme.
L’Artpigiste est un média culturel. Parlons-donc culture ! Quel serait l’impact de la l’acceptation de No Billag sur la culture et en premier lieu sur la musique ? Il est simple à résumer ! No Billag impliquerait la disparation certaine de la plupart des chaînes de radio du service public qui sont les dernières à ouvrir leurs ondes aux artistes d’ici, aux projets émergents. Et quant aux chaînes qui seraient maintenues, sans soutien financier, elles n’auraient plus que le choix de s’aligner sur les radios commerciales pour passer en boucle les artistes mainstream internationaux, seuls aptes à leur assurer la manne publicitaire. A l’ère 2.0, les partisans de No Billag le répètent : « Plus besoin de radios, les plateformes de streaming existent ». La meilleure réponse à leur opposer est fournie par le décompte SUISA qui m’informait, voici quelques temps, qu’un de mes titres avait dépassé le million de streams. Quel beau succès ai-je pensé. Qui m’aurait rapporté exactement CHF 53.-.

écrit par Stéphane

Stéphane

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